deux aspects de sa vie intérieure (intermittences et permanence du moi)

Sa vie, lorsqu'il la considère, ne lui semble pas avoir eu un cours régulier, un développement continu. Des accidents, plus d'une fois, en ont modifié la direction, au lendemain desquels il a cessé d'abord de se reconnaître.

En premier lieu, cet abandon de Genève, à seize ans, qui l'a fait sortir de sa « sphère », qui l'a arraché au genre de vie qui l'attendait, et sans retour . « J'aurais passé dans le sein de ma religion, de ma patrie, de ma famille et de mes amis, une vie paisible et douce, telle qu'il la fallait à mon caractère... J'aurais été bon chrétien, bon citoyen, bon père de famille... » (C. I, 43 1.) Illusion rétrospective, sans doute ; Rousseau, dans le même paragraphe, parle de la « fatalité » de sa destinée. Vingt ans après, il y a cette seconde naissance dans la pleine lumière de la route de Vincennes. Parce qu'il a répondu de tout son coeur à une « malheureuse question d'Académie », le voici embarqué; il ira d'écueil en écueil, en quête de la «région où vivre », jusqu'à sa dernière promenade dans le parc d'Ermenonville.

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NATURE ET HISTOIRE DANS LA PENSÉE DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU

I. ETAT DE NATURE ET HISTOIRE

«La plus utile et la moins avancée de toutes les connaissances humaines me paraît être celle de l'homme et j'ose dire que la seule inscription du Temple de Delphes contenait un précepte plus important et plus difficile que tous les gros livres des Moralistes... » -Ainsi commence la préface du Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes : en effet, « comment connaître la source de l'inégalité parmi les hommes, si l'on ne commence parles connaître eux-mêmes?'» Ainsi, la nouvelle sagesse commence par recueillir la consigne socratique et, avec elle, c'est bien la philosophie qui continue ou du moins une des traditions les plus anciennes de la philosophie.

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GENÈVE ET LE CONTRAT SOCIAL

Au xviiie siècle la population de Genève se divisait en cinq classes: les citoyens, les bourgeois, les habitants, les natifs, les sujets.

Le citoyen devait être le fils d'un citoyen ou d'un bourgeois, et appartenir à la religion réformée. Le bourgeois était celui qui avait obtenu les lettres de bourgeoisie: son fils pouvait devenir citoyen, sous certaines conditions. La classe des habitants se composait d'étrangers, qui avaient été reçus habitants, c'està-dire qui avaient obtenu d'habiter la ville. Les natifs étaient les enfants des habitants, nés dans la ville. Les sujets étaient les habitants du territoire, qu'ils y fussent nés ou non.
Les citoyens et les bourgeois étaient les. seules classes qui prenaient part au gouvernement, avec cette différence que les citoyens seuls pouvaient parvenir aux principales magistratures. Ensemble, citoyens et bourgeois, composaient le Conseil général ou Conseil souverain. Dans la seconde moitié du xviiie siècle, le Conseil général avait le pouvoir législatif, le droit de guerre et paix, le droit d'approuver les impôts et d'élire les quatre syndics, dont nous allons voir les fonctions; le droit d'élire les six auditeurs qui formaient le tribunal civil en première instance, le procureur général, sur une présentation en nombre double faite par le Conseil des Deux-Cents. Le nombre des citoyens et des bourgeois siégeant dans le Conseil général, ne semble jamais avoir excédé 1.600. Les votations que nous connaissons du xviiie siècle donnent tou j ours un quorum qui oscille entre 1.000 et 1.500. Ce sont à peu près les chiffres du Grand Conseil de Venise.

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RÉALITÉ ET UTOPIE DANS LA PENSÉE POLITIQUE DE ROUSSEAU
AJJR XXXV,1959-1962

Puisque je ne dispose que d'un temps limité pour traiter un vaste sujet, le seul moyen de ne pas m'égarer et de ne pas laisser égarer la discussion est de partir d'une exacte définition des termes. Je me reporte donc au Vocabulaire d'André Lalande, article Utopie, et j'y trouve les trois sens suivants  :

1. Nom donné par Thomas MORUS au pays imaginaire qu'il décrit dans son ouvrage, De optimo reipublicae statu, deque nova insula Utopia (1516).

2. Se dit par extension de tous les tableaux représentant sous la forme d'une description concrète et détaillée (et souvent même comme un roman), l'organisation idéale d'une société humaine. Ex. La cité du Soleil de Campanella ; la Salente de Fénelon ; le Voyage en Icarie de Cabet, etc.

3. Par extension encore et avec une nuance péjorative très fréquente, le mot s'applique à tout idéal politique et social que l'on juge séduisant mais irréalisable, parce qu'il n'y est pas tenu compte des faits réels, de la nature de l'homme et des conditions de vie. « Ce dernier sens, précise André Lalande, retentit souvent sur les précédents et donne lieu à des sophismes par lesquels on condamne sommairement un projet ou un idéal auquel on est hostile. »

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L'ABBÉ PRÊVOST ET JEAN-JACQUES ROUSSEAU
Écrit par Claire Eliane Engel   

« Pénétrer dans le couur qui passe pour impénétrable ! Oui, si, malgré le préjugé commun, des routes secrètes ménagées par la nature en ouvrent l'accès à ceux qui peuvent les découvrir. Je les ai cherchées cependant et j'abandonne au lecteur le jugement de mes découvertes... J'ai pris pour objet de mes courses et de mes observations le Monde Moral, carrière aussi vaste, moins imaginaire, plus riche, plus variée, plus intéressante et sans comparaison plus utile, ». Ce manifeste figure dans l'in¬troduction du dernier roman de l'Abbé Prevost, publié en 176o. A 63 ans, Prévost emploie la même technique romanesque qu'à 31, lors de son premier ouvrage. Ni ses doctrines littéraires, ni ses méthodes de composition n'ont changé. Erudit, fier d'une solide culture, de vastes connaissances amassées au cours d'une vie mou¬vementée, il se pose en théoricien et en philosophe.

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C’est en août 2009, on s’en souvient, qu’a été créée, suite à la signature d’une convention de mise à disposition de locaux, la Bibliothèque de la Société Jean-Jacques Rousseau.